September 2007


Vendredi dernier, j’ai reçu un coup de fil d’un bonhomme nommé Steve Juliani, qui est responsable d’une boite de “préparation musicale”. Ce terme englobe un certain nombre de tâches liés à la copie : création des partitions, extraction de parties séparées (pour les musiciens), transcriptions musicales depuis une source audio ou informatique, etc.

Il avait un boulot pour moi sur la musique du film de Mr. Magorium’s Wonder Emporium, composée par Aaron Zigman. Ils étaient (comme de plus en plus souvent à Hollywood) à la bourre avant l’enregistrement, et l’un des orchestrateurs, Patrick Kirst, avait besoin d’aide.

En fait, Steve Juliani a eu mon nom par Michael Pelavin, l’assistant de Steve Edwards, avec qui j’ai déjà travaillé deux fois en tant qu’orchestrateur. Michael lui a vanté mes qualité d’orchestrateur, ma rapidité, et mon experience avec le logiciel de notation Sibelius. Ce qui tombait bien vu que Patrick travaille sur ce projet avec Sibelius exclusivement.

J’ai donc eu a préparer quelques cues pour lui. Rien de bien compliqué au demeurant : il s’agissait en fait de récupérer le fichier créé sous Logic Pro, d’exporter les données, et d’organiser tout ça intelligement sur la partition. Le truc, c’était de faire tout ça vite, et bien. Au final, ça m’a demandé 14 heures de boulot (éparpilées sur deux jours et demi).

En plus, c’était plutôt bien payé puisque le job était syndiqué (autrement dit, 33$ de l’heure pour ce type de film et de budget).

Aujourd’hui, petit message de Patrick qui vient de commencer à orchestrer les cues que j’ai préparé pour lui :

Excellent work by the way… You made my life much easier ;)

I will call you again in the future :)

Héhé :p

Rencontre aujourd’hui avec Pete Anthony, orchestrateur et chef d’orchestre pour Danny Elfman, James Newton Howard, Christopher Young, Marco Beltrami, John Powell, ou encore Marc Shaiman. Je l’avais contacté il y a quelques semaines complètement au hasard, histoire de voir si il n’aurait pas du boulot pour moi. Comme il partait en vacances, rendez-vous fut pris pour septembre.

Nous avons discuté pendant une petite heure et demie dans son studio à Malibu. Il est très, très sympa, même si il ne mâche pas ses mots et s’il n’hésite pas à critiquer sévèrement l’industrie du film à Los Angeles. On a un peu parlé de mon background, de ce que je faisais chez Bill (qu’il adore), de ce que je comptais faire plus tard, etc.

On a aussi abordé les difficultés politiques et diplomatiques que rencontraient les compositeurs aujourd’hui; il avait bien sûr plein d’anecdotes à raconter (notamment sur James Newton Howard lors de l’enregistrement de Unbreakable à Londres). Sans vouloir me décourager, il avait l’air assez négatif sur l’évolution du business et m’a bien fait comprendre qu’il ne fallait pas s’attendre à ce que la relation compositeurs / producteurs s’améliore dans le contexte “films à gros budget.”

Afin de comparer le monde de l’orchestration et celui de la composition dans l’industrie actuelle, il m’a dessiné un rapide cercle sur un bout de papier, qu’il a divisé en deux partie inégales, une petite, et une très grosse. Il m’a ensuite expliqué que, selon lui, le monde de l’orchestration, c’est 90% de musique (“the good!“, me disait-il en pointant son stylo sur la grosse partie) et 10% de business (“the bad!“, en pointant son stylo sur la petite partie). Par comparaison, les pourcentages sont inversés dans le monde de la composition : c’est donc 90% de business (“the bad”) et 10% de musique (“the good”). Autrement dit, à moins d’aimer le business, ses défis politiques et diplomatiques, mieux vaut se méfier des films à gros budgets si l’on veut survivre comme compositeur à Hollywood.

Cela rejoint certaines de mes réflexions récentes sur le sujet, et ce n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd.

Et montre même ses jambes pour l’occasion ! la preuve :

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