(…) En France, l’argent culturel est surtout public. Le système est simple : trois contributeurs apportent chacun une part des 11,6 milliards d’euros de budget : le ministère de la culture, d’autres ministères (affaires étrangères, éducation nationale, défense, etc.) et les collectivités locales (d’abord les villes, puis les régions et les départements). En France, il n’est guère de musées, de théâtres, de festivals, de spectacles de danse sans manne publique. Et celui qui paie aime le faire savoir.
(…) [L'artiste] est fier que ses oeuvres soient payées avec de l’argent public : l’Etat est un collectionneur prestigieux, et l’argent de la République est préféré à celui, toujours suspect, du particulier ou de l’entreprise.
Racontez cela à un Américain, il sera éberlué. Sinon effrayé. Pour éviter ce cauchemar, il n’existe pas de ministère de la culture aux Etats-Unis. Et encore moins de politique fédérale. Pas question d’imposer un “art officiel” aux citoyens. Les artistes eux-mêmes n’en veulent pas. Pour la plupart des Américains, c’est à la société civile et au marché de façonner une politique culturelle.
Aussi ce sont des centaines d’agences publiques américaines qui financent la culture à tous niveaux – fédéral, Etats, villes, comtés. Au point qu’il est difficile de s’y retrouver dans le maquis des subventions, auxquelles s’ajoutent une ribambelle de taxes reversées à la culture, d’exonérations fiscales pour les dons, d’aides diverses.
(…) Une comparaison juste doit aussi tenir compte de l’argent privé. Ici, le fossé est vertigineux entre les deux pays. En France, des lois récentes ont dopé le mécénat, mais il reste très faible, de l’ordre de 0,2 milliard d’euros. Aux Etats-Unis, générosité individuelle, fondations et mécénat représentent 12 milliards d’euros – une somme, là encore, incertaine et, dit-on, sous-estimée. “Le choix de chaque Américain de donner à la culture, pour défiscaliser ses revenus, est la grande différence avec le système français”, note Guy Saez.